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Des scandales financiers mettant en scène des magnats du monde des affaires, des personnalités politiques bien connues et même des artistes célèbres ont fait les gros titres en 2017. Ce qu’il y a de si alarmant dans ces récents scandales, révélés par la fuite des Panama et Paradise Papers, c’est qu’ils impliquent plusieurs institutions financières, notamment une banque canadienne. Après, dit-on, avoir accepté les tentatives d’évasion fiscale de clients fortunés et, dans certains cas, les avoir même encouragés à constituer des sociétés extraterritoriales, certaines des banques impliquées ont tout simplement prétendu plus tard ne pas être au courant des actes répréhensibles de leurs clients.

Bien que les dossiers divulgués exposent des interactions financières illégales entre des banques et leurs clients particulièrement fortunés, n’importe quel client peut en fait commettre une fraude dans le cadre de ses activités bancaires. Si de telles fraudes surviennent effectivement sans l’aide et à l’insu des employés d’institutions financières, comment ces dernières peuvent-elles détecter les malversations de leurs clients avant qu’elles prennent les proportions d’un scandale public ou, pire encore, qu’elles contribuent à une crise financière ? Ayant colligé et analysé les données de cinq banques provenant des économies émergentes pour un projet de recherche intitulé « Can banks anticipate their clients’ misconduct ? » (les banques peuvent-elles prévoir les malversations de leurs clients ?), la professeure Lamia Chourou de l’École de gestion Telfer raconte que, lorsqu’un scandale bancaire éclate, nous réagissons d’abord en pointant les clients du doigt. La professeure Chourou et son équipe, toutefois, sont persuadées que les banques jouent un rôle important dans la détection des fraudes et ce dès les premiers soupçons, ou même dans le signalement si nécessaire.

Supposez qu’un client de longue date aborde un agent de prêts et qu’il lui remet un document financier faux ou périmé. Ayant établi une relation personnelle avec le client et gardant un œil sur ses placements depuis des années, l’agent sent qu’il y a cette fois quelque chose d’inhabituel. L’agent devrait-il demander des renseignements supplémentaires au client, parler à un superviseur, resserrer les conditions de prêt ou simplement dénoncer le client ? Bien que tous ces choix paraissent raisonnables, en réalité, les relations entre les banques et leurs clients sont beaucoup plus complexes que nous le croyons. Beaucoup d’employés de banque n’ont peut-être pas le soutien nécessaire pour prendre la décision appropriée. Selon la professeure Chourou, nous savons encore très mal comment les institutions financières agissent lorsqu’elles sont confrontées aux intentions frauduleuses de leurs clients. Donc, il s’avère difficile de savoir si et comment les banques composent avec ces malversations à l’interne.

Il est extrêmement utile de comprendre, de manière plus générale, le rôle des banques dans la détection et, plus particulièrement, les mesures prises par les employés des services financiers aux premiers soupçons éveillés par les pratiques de leurs clients. Les connaissances acquises par la professeure Chourou aideront les banques à améliorer la prévention et à mieux former leurs employés. De plus, les résultats de ses travaux aideront les banques à mettre en œuvre un système de communication plus efficace, avec notamment des brochures et des bulletins, pour informer les clients des dangers des activités financières illégales.

La crise de 2008 nous a appris que les décisions financières contraires à l’éthique ont pour effet de miner la crédibilité de certaines des plus grandes institutions financières du monde. Ainsi, un examen obligatoire et attentif des activités suspectes des clients par les banques permettra de sauver leur honneur tout en profitant à l’ensemble de la société.

© 2018 École de gestion Telfer, Université d'Ottawa
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