École de gestion Telfer

Le rendement à travers le prisme des données

Jacomo Corbo examine la façon dont les circuits d'information se répercutent sur le rendement organisationnel

De façon générale, les problèmes tels que la productivité organisationnelle et la gestion de l'innovation n'ont pas été abordés dans une optique très axée sur les données en raison de la rareté de celles-ci. L'écart s'est avéré difficile à combler étant donné que le bien-fondé de la collecte et de l'examen en profondeur des données n'a pas encore été établi.

Mais, à certains égards très importants, cette situation change, soutient Jacomo Corbo, titulaire de la chaire de recherche du Canada sur la gestion de l’information et du rendement à l'École de gestion Telfer. Les entreprises comme Google se sont tournées vers la collecte imposante de données, démontrant la manière dont elle peut renforcer les équipes en illustrant par exemple les caractéristiques qu'apprécient le plus les travailleurs chez les gestionnaires. L'infrastructure requise pour l'analyse des données connaît également une amélioration considérable, en partie grâce à des collaborations entre les universités et l'industrie, comme le Centre de recherche IBM sur l’analytique et la performance. Enfin et surtout, les chercheurs peuvent désormais étudier en profondeur des environnements dynamiques de flux opérationnels, au fur et à mesure que de riches ensembles de données de l'industrie deviennent accessibles.

« Quelle est la composition optimale d'une équipe et quelle est la fréquence de roulement des membres conseillée au sein des équipes? Quelle devrait être la répartition des projets entre les employés et comment la communication doit-elle être structurée à l'intérieur d'un service? Qu'est-ce qui stimule la productivité au sein d'une équipe? Voilà autant de questions qui peuvent maintenant être analysées d'une façon très scientifique et axée sur les données », affirme M. Corbo.

Les réponses, dans le contexte de l'innovation au sein d'industries de pointe, peuvent fournir une capacité de réaction précoce concernant les projets reconnus pour être difficiles à gérer. M. Corbo et ses collègues de l'Université Harvard et de l'Université d'Ottawa étudient un ensemble de données riche et unique provenant d'un environnement où la réussite en innovation se fait rare : le développement de produits à la Formule Un.

Terreau fertile pour l'étude de la productivité

Parmi les 100 composantes aérodynamiques conçues pour les voitures de la F1, on en compte généralement moins de 5 qui portent des fruits, explique M. Corbo qui était directeur de la stratégie de course pour l'équipe Renault de Formule 1 de 2006 à 2008. L'étude des circuits d'information entre les ingénieurs concepteurs met en lumière des facteurs qui généreront un bon rendement ou un mauvais rendement – il s'agit là de connaissances que les gestionnaires peuvent utiliser pour stopper des projets non prometteurs plus tôt et de redéployer des ressources pour des projets qui ont plus de chances de réussir.

« Les flux opérationnels se veulent un terreau fertile pour l'étude de la gestion de la productivité et de l'innovation, soulignant les facteurs qui gênent ou qui favorisent le rendement dans ces secteurs », explique M. Corbo. « Cette information sera non seulement précieuse pour les chercheurs, mais aussi pour les personnes responsables de projets d'innovation, comme les directeurs de l'ingénierie de la F1 qui sont responsables des questions clés permettant de déterminer qui doit parler à qui, dans quelle mesure et à propos de quelles interfaces. »

L'équipe créera des modèles économétriques et définira des relations entre les données au moyen de méthodes d'apprentissage machine. De là, des modèles de schémas de flux opérationnels au sein des équipes de la F1 pourront être développés. Le projet se soldera par l'élaboration d'une théorie et, ultimement, d'outils qui pourront être utilisés dans les entreprises.

L'analyse des données de la F1 a déjà commencé à porter des fruits. « L'un des éléments les plus inattendus de la recherche, et probablement le plus intéressant, c'est la compréhension de la façon dont la dynamique de la communication et la dynamique de la collaboration entre les ingénieurs se répercute sur les résultats, sur la productivité organisationnelle individuelle et même sur la réussite ou l'échec des projets d'innovation », nous dit M. Corbo.

M. Corbo a été nommé titulaire de la Chaire de recherche du Canada 10 ans après avoir reçu son B.Ing. en électrotechnique de l'Université McGill. Entre temps, il a complété un doctorat en sciences informatiques à l'Université Harvard et a reçu une bourse de recherches postdoctorales de la Wharton School of Business de l'Université de Pennsylvanie, où il estprésentement professionnel en résidence.

Depuis son arrivée en septembre 2011, il a été grandement surpris par l'Université d'Ottawa, affirmant que « c'est absolument excellent ». « Je suis très enthousiaste à l'idée des nombreuses occasions qui se présentent pour la Chaire de recherche du Canada dans les domaines de recherche dynamiques qu'offre l'Université et à l'idée de faire progresser l'expérience de l'École de gestion Telfer en matière de recherche collaborative. »

En ce sens, le Centre de recherche IBM sur l’analytique et la performance offre à son avis un soutien « pivot » à son programme de recherche. « Étant donné qu'une grande partie de mon programme de recherche est fondée sur cette idée de données d'envergure, le fait de travailler avec de grands ensembles de données et de bénéficier du soutien d'une entreprise comme IBM et de toute l'infrastructure qu'elle offre nous procure une aide incommensurable. »

Dernière mise à jour : 2 mai 2012

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